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Trancher

Amélie Cordonnier

Editions Flammarion

 

Quatrième de couverture

 

« Des pages et des pages de notes. Tu as noirci des centaines de lignes de ses mots à lui. Pour garder une trace, tenter de les désamorcer, avec le pathétique espoir qu’ils aillent s’incruster ailleurs qu’en toi.»

 

Cela faisait des années qu’elle croyait Aurélien guéri de sa violence,des années que ses paroles lancées comme des couteaux n’avaient plus déchiré leur quotidien. Mais un matin de septembre, devant leurs enfants ahuris, il a rechuté : il l’a de nouveau insultée. Malgré lui, plaide-t-il. Pourra-t-elle encore supporter tout ça ? Elle va avoir quarante ans le 3 janvier. Elle se promet d’avoir décidé pour son anniversaire.

 

D’une plume alerte et imagée, Amélie Cordonnier met en scène une femme dans la tourmente et nous livre le roman d’un amour ravagé par les mots.

 

Mon avis

 

Quand on est jeune, on se dit que si notre petit ami nous insulte, on le quitte tout de suite. On a, souvent, l’intolérance de la jeunesse qui ne comprend pas ceux qui restent.

 

Mais, lorsque l’on est mariée depuis plusieurs années et qu’on est maman, quand les injures commencent, il est plus difficile de trancher. Et si, cela recommence après sept ans d’accalmie, est-ce le détonateur pour partir ou pense-t-on qu’il est trop tard ? Les enfants deviennent la raison de rester, mais aussi celle de partir. Lorsqu’on lit dans leurs yeux ce que l’on subit, il faut trancher. Pour soi, pour eux.

 

La narratrice a toujours fait des listes. Celle qu’elle tient, dans ce livre, est particulière : une liste d’insultes. Pour prendre conscience de la situation, pour avoir l’électrochoc, car quand c’est trop gros, on élude, on n’en parle pas. La longueur de la liste montre l’accumulation de ce qu’elle subit.

 

Elle parle à la deuxième personne du singulier. C’est une façon de prendre de la distance avec ce qu’elle vit, pour ne pas dire « je », c’est trop difficile de se dire que c’est elle qui vit cette situation. Ce tutoiement permet aussi d’impliquer le lecteur pour qu’il ressente les faits de l’intérieur.

 

La violence n’est pas physique, elle est verbale et psychologique, aussi plus insidieuse. Un coup, cela peut laisser une marque, les mots ne laissent que des cicatrices invisibles. Difficile de réaliser ce qu’il se passe, sans traces, surtout qu’Aurélien n’est pas toujours offensant. La liste permet de trancher en pesant le pour et le contre.

 

Ce livre raconte le cheminement de la narratrice pour trancher. Elle confie les outrages, qui sont parfois durs à lire, ses doutes, ses hésitations et ses décisions. C’est un roman qui remue, le lecteur est pris à partie par ce tutoiement, il ne reste pas indifférent et se pose les mêmes questions que cette femme. Il est tellement impliqué que, je pense, qu’il respectera son choix quel qu’il soit. 

 

Trancher est un roman percutant sur un fait de société.

 

Je remercie sincèrement Emma de Livres à lire qui avait organisé un concours sur Instagram et Amélie Cordonnier et les éditions Flammarion pour l’envoi de ce livre dédicacé.