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Il faut qu’on parle de Kevin

Lionel Shriver

Éditions Belfond

Éditions J’ai Lu

 

Quatrième de couverture

 

À la veille de ses seize ans, Kevin Khatchadourian a tué sept de ses camarades de lycée, un employé de la cafétéria et un professeur. Dans des lettres adressées au père dont elle est séparée, Eva, sa mère, retrace l’itinéraire meurtrier de Kevin.

 

Elle se souvient qu’elle a eu du mal à sacrifier sa brillante carrière pour devenir mère. Qu’elle ne s’est jamais faite aux contraintes de la maternité. Que dès la naissance elle s’est heurtée à un enfant difficile. Que l’arrivée de Celia, petite sœur fragile et affectueuse, n’a fait que creuser le fossé entre mère et fils. Qu’elle aura passé des années à scruter les agissements de Kevin sans voir que son ambivalence envers lui n’avait d’égale que la cruauté et la malveillance du rejeton. Et, quand le pire survient, Eva veut comprendre : qu’est-ce qui a poussé Kevin à commettre ce massacre ? Et quelle est sa propre part de responsabilité ?

 

Mon avis

 

Pendant des années, je n’ai pas été attirée par ce livre. Je croyais que c’était le témoignage d’une mère qui cherchait des excuses à son fils. Je pensais que c’était l’histoire vraie d’un adolescent, coupable d’une tuerie de masse dans une université américaine. J’imaginais que c’était le texte d’un parent qui souhaitait donner des circonstances atténuantes à ce meurtrier.

 

Puis, sur Instagram, j’ai commencé à le voir souvent. Les commentaires étaient élogieux. Ma curiosité a été attisée.

 

Ma vision d’Il faut qu’on parle de Kevin était erronée. Tout d’abord, c’est une fiction. Et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’Eva, la mère du meurtrier, ne lui cherche pas d’excuses.

 

Eva écrit à son mari, qu’elle ne voit plus depuis ce JEUDI tragique. Elle retrace la vie familiale, du début de l’histoire d’amour entre Eva et Franklin, jusqu’à ce jour où Kevin a tué neuf personnes de son lycée.

 

Elle livre tout sans fioritures, sans embellir la réalité. Le ton est sec, c’est une véritable autopsie. Il m’a fallu du temps pour rentrer dans l’histoire, mais ensuite, il m’était impossible de le lâcher. Pourtant ce que je lisais me glaçait et je détestais de nombreux passages.

 

En effet, Lionel Shriver dépeint deux tabous : celui d’absence d’amour maternel et celui de la méchanceté de certains enfants. Les descriptions de certaines pensées qu’Eva prête à Kevin, lorsqu’il est enfant, m’ont, parfois, mise mal à l’aise. J’ai oscillé entre la colère, la tristesse, l’envie de comprendre, etc.

 

Deux jours après avoir terminé ce roman, le débat continue de faire rage en moi. Le fait de devenir un tueur vient-il de l’inné ou de l’acquis ? Un enfant peut-il être mauvais comme le comportement de Kevin porte à la croire ou le manque d’amour le fera devenir cet être horrible ? Quelle part de responsabilité portent les parents d’un adolescent qui tue ses camarades ? Ce dernier est-il programmé dès la naissance ? L’origine de ses actes vient-elle de son environnement ?

 

Ce livre dérangeant a bouleversé toutes mes convictions. Je ne sais plus que penser. Aussi, je sais que ce livre va continuer à me marquer et me hanter. Son but n’est pas d’apporter des réponses, il ne le fait absolument pas, mais il provoque une réflexion troublante qui crée un malaise intérieur. Les interrogations perdurent après la lecture. C’est un livre puissant que je souhaiterais ne pas aimer, tant le sujet est perturbant et que, pourtant, je n’ai pas pu lâcher. Je ne ressors pas indemne de cette lecture.