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Rompre

Yann Moix

Éditions Grasset

 

Présentation éditeur

 

Avec ce roman, Yann Moix revient à son thème de prédilection : l’amour (et ses dépendances : la jalousie, la haine, la rivalité, la séduction, l’addiction, etc…)
Et son livre prend la forme d’un dialogue imaginaire (à la manière du Neveu de Rameau de Diderot, ou de L’idée fixe de Paul Valéry) où Yann Moix bavarde, à la terrasse d’un café, avec un ami qui tente de le consoler à la suite de sa dernière déconvenue amoureuse…

 

Dans un roman précédent, l’auteur avait choisi, comme incipit : « Ce que les femmes préfèrent, chez moi, c’est me quitter »…

 

L’inverse eut été plus exact car, dans ce livre – précisément intitulé « Rompre » -, le narrateur confesse qu’il ne peut s’empêcher de mettre un terme très prématuré à chacune de ses aventures, de les « rompre » tant il craint d’aimer et d’être aimé…

 

Evidemment, cette disposition mentale vient de loin : de l’enfance, de douleurs enfouies, d’humiliations passées…

 

Mais tout, ici, prend un aspect drolatique et fort peu psychanalytique.
Dans ce dialogue, la « rupture » sert ainsi de prétexte à une variation sur la solitude, sur la jalousie, sur l’enfer narcissique, sur la violence amoureuse.
Formules et aphorismes fusent sous la plume moixienne.

 

L’écrivain se reproche, au fond, de ne pas savoir aimer – les femmes, bien sûr, mais aussi, et surtout, lui-même.

 

Et c’est sur cette note tenue qu’il compose ce « journal d’un séducteur-destructeur ».

 

Mon avis

 

C’est la première fois que je lis Yann Moix et rien de tel qu’un livre court sur un thème qui m’interpelle pour commencer. J’ai décidé de faire abstraction de l’homme public, afin d’avoir une lecture objective.

 

Sous la forme d’un échange avec un journaliste, l’auteur se livre et explique son besoin de destruction dans sa vie amoureuse. J’ai eu la sensation d’un homme qui souffre. J’ai eu mal pour lui, mais aussi pour les femmes qui ont partagé un bout de vie à ses côtés.

 

Yann Moix se livre sans concessions et sans indulgence pour lui-même. « Ce sont les mots d’un homme désespéré. Ce sont les paroles d’un homme qui ne sait plus comment ne plus souffrir et tente de se suicider autrement qu’en mourant ; ce sont les phrases d’un homme qui se suicide à l’aveu. » (à 77% du livre numérique). Ce roman est une confession risquée : il fera fuir certaines femmes, mais je suis sûre que l’auteur croisera aussi celles qui penseront réussir ce que les autres n’ont pas su. Cet homme a conscience du conditionnement de sa souffrance et ne sait pas comment vivre sereinement une histoire d’amour. Personne n’a su dire à l’enfant en lui qu’il est digne d’être aimé, ni lui montrer que l’amour peut être beau sans que ce soit la rupture qui le magnifie.

 

Plus jeune, j’ai connu ce besoin de détruire ce qui est beau avant qu’il ne se termine, puisque je pensais, qu’irrémédiablement, c’est ce qui se passerait. Je « collect(ais) les hématomes du passé. » (à 73% du livre). J’ai appris à soigner et à aimer l’enfant en moi qui a souffert. Or, malheureusement, Yann Moix, petit garçon, ne semble pas libéré des chaînes des douleurs de l’enfance. Le passé nous construit, c’est vrai, et il faut parfois de l’aide pour qu’il ne nous entrave pas.

 

Je n’ai pas toujours été en phase avec les pensées de Yann Moix, cependant j’ai aimé la manière dont il les formule. J’ai aimé son écriture emplie d’affection et de mélancolie. J’ai souligné de nombreux passages, pour la beauté de l’image, même quand l’idée ne correspondait pas à ma vision.

 

Rompre est un livre qui ne m’a pas laissée indifférente. J’ai été sensible aux déchirements de cet homme ainsi qu’à la poésie de ses phrases.