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Sœurs de lait

Frédérique-Sophie Braize

Éditions de Borée

 

Quatrième de couverture

 

Nées de mères différentes, les sœurs Baud ne partagent pas un lien fraternel profond. L'aînée, Ferdinande, veuve de guerre, est entrée en condition à Paris. Zoé et Anthelmette, si dissemblables et malgré tout jumelles, accompagnent leurs époux qui innovent pour participer à la grande aventure de l'or blanc. Coqueline, la cadette, est fascinée par la haute société venue en villégiature dans la station, mais elle ne veut pas la servir, elle veut en être. Séduite par Côme, un jeune voyageur qui vante les vertus médicales du radium, elle fonce dans les écueils de l'existence avant de découvrir que des intrigues sournoises sont menées au détriment de son entourage. Les quatre sœurs seront-elles capables de s'unir pour piéger ceux que rien n'arrête ?

 

Mon avis

 

 

Les souffrances dues à la guerre sont très vives. Les femmes ont perdu un mari, un père, un frère, un fils… Les hommes revenus du front, sont mutilés. Pourtant, il faut survivre.

 

Les sœurs Baud ne sont pas nées de la même mère, mais ont été élevées ensemble. Elles sont quatre et sont très différentes. Aussi, elles ne se comprennent pas toujours. Sœurs de lait est une saga se déroulant de 1922 à 1927.

 

L’ainée, Ferdinande, est cuisinière, à Paris. Veuve de guerre, elle a quitté le village avec ses deux enfants. Zoé et Anthelmette sont, toutes les deux, mariées et habitent dans leur station natale. La plus jeune, Coqueline aimerait épouser un homme riche. Aussi, lorsqu’elle fait la connaissance de Côme, jeune homme argenté, elle oublie toute réserve.

 

Cependant, quel est le dessein de son courtisan qui ne reste jamais longtemps, qui souffle le chaud et le froid ? Il approche tous les membres de la famille, leur offrant, généreusement, les nouvelles avancées en termes de soins.

 

Dans cette période d’après-guerre, les souffrances sont grandes. Certaines cultures ne suffisent pas à nourrir les exploitants, beaucoup d’enfants meurent après la naissance, les gueules cassées ont des douleurs abominables, etc.

 

Aussi, le radium représente le graal pour tous. Il semble être la solution miracle. Quand avec le recul, on connaît les ravages de ce produit, ce roman fait froid dans le dos. Frédérique Sophie-Braize, avec une précision historique remarquable, relate de quelle manière, les laboratoires l’ont utilisé dans tous les produits de la vie courante et leur stratégie pour le faire entrer dans tous les foyers. Ce n’est pas sans rappeler les scandales sanitaires de ces dernières années. Moi, qui prends beaucoup de médicaments et qui aimerais tant que soit développé le médicament qui supprimerait mes douleurs, je me dis que si j’avais vécu à cette époque et si j’en avais eu les moyens financiers, j’aurais succombé au chant des sirènes. Cela fait réfléchir aux lobbyistes pharmaceutiques.

 

Sœurs de lait est aussi une saga familiale. La famille Baud a ses secrets, ses rancœurs, ses querelles, ses souffrances, mais aussi une forme pudique de solidarité. J’ai aimé suivre le destin de chacun des membres, je me suis attachée à eux, j’ai pesté contre certains, d’autres m’ont particulièrement touchée. La vie et les croyances, les aspirations et le dur quotidien sont décrits de façon vivante, avec un style correspondant à l’époque.

 

J’ai été particulièrement émue et révoltée par le traitement des blessés de guerre. L’auteure révèle les subterfuges utilisés par l’Etat pour supprimer les pensions.

 

Ce roman comporte aussi du suspense. Comme je le disais, précédemment, le comportement du courtisan de la plus jeune des sœurs, Coqueline, est très mystérieux. Est-il amoureux ? La jeune fille aura-t-elle l’existence à laquelle elle aspire ? Quelles sont les intentions de Côme ?

 

Conclusion

 

J’ai adoré Sœurs de lait. Cette saga familiale, décrit le quotidien dans les campagnes, mais aussi celui à Paris, dans la France d’après-guerre. C’est une très belle fresque historique sur les mœurs et les conditions de vie. C’est un superbe hommage aux poilus qui se sont sacrifiés pour sauver leur pays. C’est également un ouvrage très documenté, mais cependant accessible sur un grand scandale du XXeme siècle. Ce roman est passionnant et instructif.

 

C’est un livre qui fait énormément réfléchir quant aux enjeux pharmaceutiques en révélant jusqu’où l’appât du gain peut mener.

 

Sœurs de lait a obtenu le par le Grand prix littéraire de l'Académie nationale de pharmacie 2018 et le Prix Patrimoine des Pays de Savoie.

 

Le prochain roman de Frédérique-Sophie Braize paraîtra le 14 mars, aux Éditions de Borée. Son titre est Lily sans logis